« Tout va mal », « Avec nous, ça ne peut pas être pire » : les deux mensonges du populisme
Dans la campagne présidentielle débutante, les thuriféraires de l’aventurisme politique croient détenir un argument en béton : tout va mal, ça ne peut pas être pire. Sous-entendu : après deux mandats d’Emmanuel Macron qui feraient passer Azincourt pour un moment glorieux de l’histoire de France, nous ne courons aucun risque à faire entrer à l’Elysée des idées et des candidats issus de partis qui n’ont jamais gouverné la France.
Je voudrais profiter de cette chronique pour battre en brèche ces deux idées. Tout ne va pas bien en France mais tout ne va pas mal. Par ailleurs, il est parfaitement possible de faire pire, voire bien pire, que les deux quinquennats qui viennent de s’écouler. C’est même un risque majeur.
A Montréal, on attend 19 heures aux urgences
Sur le premier point, il suffit d’avoir la chance de circuler un peu dans le monde pour constater que la situation française ne correspond pas à l’enfer que certains se complaisent à brosser. Un exemple parmi d’autres : notre système de santé, tellement vilipendé. Nos concitoyens savent-ils que le reste à charge pour les ménages, après remboursement par l’Assurance maladie et les complémentaires santé, correspond à moins de 10 % du coût de l’acte, l’un des plus faibles au monde ? Savent-ils que les médicaments affichent chez nous les prix les plus bas de quasiment tous les pays développés ? Au Quebec, Etat connu pour être le plus protecteur d’Amérique du Nord, le gouvernement s’est félicité de la baisse du temps moyen d’attente aux urgences, qui vient de tomber à… 16 heures et 48 minutes. A Montréal, qui n’est pas une ville particulièrement décivilisée, il est supérieur à 19 heures. Pas la peine d’incriminer le libéralisme anglo-saxon : le système hospitalier québécois est 100 % public.
Concernant le deuxième point : oui, la situation économique et sociale française pourrait être pire. Là encore, un tour d’horizon de l’étranger devrait nous en convaincre, si la rationalité n’avait pas déserté le débat public. La vérité, c’est que, comme le montre Jean-François Copé dans son récent ouvrage, Quand les populistes trahissent le peuple, paru chez Plon, le populisme, partout où il est appliqué, donne des résultats catastrophiques. Copé distingue utilement les partis de gouvernement, qui font ce qu’ils peuvent, parfois mal, mais en ayant le mérite de prendre le réel en compte, et les partis populistes qui s’affranchissent de la science, de la raison, de la vérité, voire du droit. Dans leur approche, le nationalisme ou le socialisme valent mieux que toute considération intellectuelle.
Six ans après le Brexit, le Royaume-Uni s’aligne sur l’UE
Pendant la pandémie de Covid, nos deux extrêmes plébiscitaient Didier Raoult et dirigeaient leurs critiques vers les vaccins à ARN messager, Jean-Luc Mélenchon expliquant même que, ayant vécu à Dole, la ville de naissance de Pasteur, il était particulièrement qualifié pour affirmer qu’il ne s’agissait pas de vaccins. Qu’en est-il aujourd’hui ? Les vaccins à ARN messager trouvent de nombreuses applications dans la lutte contre les pires cancers, celui du pancréas en particulier, avec des résultats préliminaires absolument révolutionnaires. Six ans après le Brexit, qui peut affirmer que la sortie de l’Union européenne aura apporté quoi que ce soit de positif aux Britanniques ? L’actuel gouvernement en est à préparer des lois qui permettront au Royaume-Uni de s’aligner automatiquement sur les nouvelles normes européennes dans plusieurs secteurs, comme s’il n’avait jamais quitté l’UE. L’immigration, que les Brexiteurs voulaient combattre, a explosé dans le pays.
Sous Viktor Orban, la Hongrie s’est distinguée par un interventionnisme économique rampant et des performances largement en deçà des pays européens comparables. Quant à la politique de l’administration Trump, elle a jeté le monde dans la pire crise énergétique depuis 1979, sans perspective de sortie et sans même qu’on puisse se consoler en pensant au sort des opposants iraniens, persécutés par des Mollahs plus féroces que jamais. L’économie mondiale va perdre 0,3 point de croissance cette année du fait de ce conflit, et les ménages français vont subir une perte nette de pouvoir d’achat en raison de la facture énergétique. Remarquons au passage que ce sont souvent les mêmes qui soutiennent Raoult et Trump, trouvent quelques mérites à Poutine, tout en dénigrant l’Union européenne. Le populisme a le mérite de cette cohérence.
Nicolas Bouzou, économiste et essayiste, est directeur du cabinet de conseil Asterès



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