Présidentielle 2027 : les libéraux au défi de se trouver un chef de file

Rarement aura-t-on vu, en France, autant de lecteurs de Frédéric Bastiat et d’Alexis de Tocqueville rassemblés dans une même pièce. Leur point commun ? Tous ont le déficit public et la taxe Zucman en horreur. Certains rêvent même d’importer la tronçonneuse de Javier Milei pour couper dans les dépenses. Le 9 juillet, ils étaient près de 400 adeptes du libéralisme réunis pour la troisième édition de la Journée de la Liberté dans l’amphithéâtre de l’imposante Maison de la Chimie. Sur scène, pour parler retraite par capitalisation ou dénoncer les excès de taxes sur le travail ou le trop-plein de réglementations, entrepreneurs, essayistes et personnalités politiques ont fait chorus.

Une manifestation de plus de la mobilisation des patrons, galvanisés par l’approche de l’élection présidentielle de 2027. La fuite en avant budgétaire, la pression fiscale et le décrochage vis-à-vis de l’Amérique ont nourri ces dernières années un sentiment d’exaspération, favorisant l’émergence d’une myriade de collectifs et d’associations. A l’image de « Trop c’est trop », un groupe de dirigeants qui avait dénoncé, dans les colonnes de L’Express, la dérive fiscale française. Ou encore le mouvement « 300 pour la France », qui centralise les propositions des entrepreneurs pour réformer le pays. Dans cette galaxie, gravitent aussi des think tanks – comme l’Institut de recherches économiques et fiscales (Iref) ou Génération Libre – mais aussi la revue Civilisations, récemment lancée pour « réveiller le monde libre ». Urgence économique oblige, les libéraux conservateurs, ordo libéraux et autres libertariens, autrefois divisés par des querelles de chapelle, se sont efforcés de faire converger leurs luttes lors de cet événement.

Bataille culturelle

L’effervescence ne se limite pas à ces raouts parisiens ou aux posts LinkedIn des dirigeants d’entreprises. Si la France a longtemps eu le libéralisme honteux, l’opinion publique semble muer à son tour. En témoigne le phénomène « Nicolas qui paie » sur les réseaux sociaux, symptôme du ras-le-bol des actifs et contributeurs nets. Selon le dernier sondage de l’Ifop réalisé pour Les Actifs anonymes, 91 % des Français considèrent que le travail ne paie pas assez dans l’Hexagone. Et 68 % se disent prêts à voter pour un candidat proposant une « thérapie de choc » fondée sur le déficit zéro, la baisse des dépenses publiques et des impôts. Le signe d’une prise de conscience que le modèle est à bout de souffle.

Mais justement, le mouvement bute sur un point crucial : l’absence d’incarnation politique par un champion de la cause. Les nostalgiques d’Alain Madelin et les déçus du « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron, se tâtent face au casting des prétendants à l’Elysée. Le salut viendra-t-il de David Lisnard, qui prend régulièrement le président argentin en exemple ? Il s’annonce toutefois difficile pour le maire de Cannes de franchir le premier tour. Au-delà des candidats déclarés, pourquoi pas Guillaume Kasbarian, et son Parti de la liberté ? Ou encore Sarah Knafo et son désir de « rendre le libéralisme populaire » ? Iront-ils jusqu’à soutenir Marion Maréchal, applaudie par l’audience lorsqu’elle a évoqué la libéralisation du système scolaire ?

Pour l’heure, l’union des droites autour des idéaux libéraux s’apparente à un vœu pieux. « La droite en France est encore très attachée au rôle de l’Etat, soupire un vétéran de la communauté libérale. Sur de nombreux sujets – comme l’agriculture ou la sécurité – elle n’est pas forcément alignée sur les valeurs libérales ». D’autant qu’une fois le diagnostic posé, les solutions ne font pas toujours l’unanimité. « On a le sentiment que le débat politique réduit la question de l’économie française à un sujet complexe de comptabilité, confie Nicolas Princen, entrepreneur dans la tech et l’éducation. Or le plus grand besoin dont on ne parle pas, c’est la création d’entreprises ».

Pour l’heure, « plutôt que de miser sur un seul cheval, la stratégie actuelle des entrepreneurs et libéraux consiste à diffuser leurs idées auprès d’un maximum de candidats, constate Michael Miguères, organisateur de la Journée de la liberté, et ex-secrétaire national de l’UMP. Peut-être que la France ne connaîtra pas son « moment Milei », mais on garde l’espoir que le libéralisme infuse un peu plus à travers le spectre politique ». Faute de représentation crédible, le sursaut libéral risque toutefois d’être un mirage.

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