Présidentielle 2027 : votre épargne, ce « magot » que tous les candidats convoitent

A première vue, le chiffre paraît astronomique : 6 551 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2026, d’après les dernières évaluations de la Banque de France. Tel est l’en-cours total des placements financiers des Français. Un montant en hausse de 32 milliards d’euros en trois mois. Alors que le pouvoir d’achat des ménages devrait reculer cette année pour la deuxième année consécutive, cette préférence pour l’épargne interroge. Le taux d’épargne financière (hors immobilier) atteint 9,5 % du revenu disponible en France, contre 5,8 % en moyenne dans le reste des pays européens. Un « trésor de guerre » certes très concentré : les 10 % les plus fortunés en détiennent près des deux tiers. Mais ce désir d’épargne s’observe aussi chez les ménages plus modestes. En témoigne le succès du Livret d’épargne populaire, ce placement à taux réglementé soumis à condition de ressources. Son en-cours a doublé entre 2020 et 2025, grimpant au premier trimestre de cette année à 83,9 milliards d’euros.

Alors que ce matelas traduit une inquiétude profonde des Français dans l’avenir, son utilisation pourrait bien s’inviter dans la campagne présidentielle. S’il y a un sujet qui rassemble tous les prétendants à l’Elysée, c’est celui du fléchage de l’épargne. Pour certains, ce ‘ »magot » devrait servir à faire grandir les start-up, pour d’autres, il pourrait aider au financement de la transition écologique, au réarmement de la France ou à la protection de nos entreprises stratégiques face à l’appétit des investisseurs étrangers… A chacun son idée. A chacun son livret.

Le grand malentendu

Ainsi, dans son contre-budget présenté dernièrement, LFI entend « mobiliser l’en-cours d’épargne des ménages à hauteur de 100 milliards par an » pour investir dans la grande bifurcation écologique, le numérique, les transports et le logement. Un nouveau produit d’épargne pourrait même être créé sans que l’on en connaisse réellement les contours.

Raphaël Glucksmann propose, lui, un label européen pour l’épargne, destiné à orienter les placements vers les entreprises et les projets de l’UE. Gabriel Attal rêve d’un nouveau plan d’épargne retraite prenant la forme d’un livret doté par l’Etat de 1 000 euros à chaque naissance. A charge aux parents et grands-parents de l’abonder jusqu’aux 18 ans de l’enfant. Edouard Philippe parle, lui, d’un « livret capital France » pour financer les champions technologiques. Quant à Marine Le Pen, elle aussi reprend l’idée d’un fonds souverain, promettant un rendement minimum de 2 % par an pour une durée de détention minimale de quatre ans.

Cette foire aux « bonnes idées » repose sur un grand malentendu : l’épargne des Français dormirait sagement dans les comptes des banques. « C’est un fantasme, ou une malhonnêteté intellectuelle, qui fait croire à l’existence d’une cassette, laquelle pourrait être utilisée pour résoudre tous les problèmes », s’agace Philippe Crevel, le directeur du Cercle de l’Epargne. Les sommes investies dans les comptes d’épargne, les livrets A, les livrets de développement durable (LDD) ou les contrats d’assurance-vie servent déjà à irriguer l’économie.

Dans une étude parue en début d’année, les économistes de la Direction du Trésor à Bercy enfoncent le clou : « L’argent ne dort jamais sur un compte. Comme un jeu de vases communicants, les banques, les assureurs ou les fonds d’investissement réinvestissent systématiquement les fonds collectés pour financer l’économie ». Ainsi, l’argent du livret A finance déjà le logement social et les collectivités, celui du LDD sert aux PME. Quant à l’en-cours de l’assurance-vie – un des placements privilégiés des Français –, il est investi dans des obligations souveraines, notamment françaises, finançant de fait les fins de mois de l’Etat. « En épargnant, les Français participent au financement de l’économie réelle », concluent les auteurs de la note.

S’il est possible d’inciter fiscalement les ménages à placer leurs économies dans tel ou tel produit, en bout de course, il s’agira toujours de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Au risque de déstabiliser le financement de la dette, au moment où les investisseurs étrangers se font plus frileux. L’an passé, lorsque le gouvernement a décidé d’augmenter les prélèvements qui frappent les produits d’épargne, le Trésor s’est opposé à ce que l’assurance-vie soit touchée… Attention à ne pas chambouler le château de cartes.

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