Croissance en berne, inflation, crise politique : la France prise au piège d’une spirale négative
Le répit inattendu offert par Moody’s n’aura duré que quelques jours. L’agence de notation américaine avait annoncé, contre toute attente, ne pas dégrader la note souveraine de la France le 23 octobre. Une semaine plus tard, son homologue Fitch a, elle, choisi d’abaisser la perspective tricolore de « stable » à « négative ». Une décision prise hors du calendrier officiel et que Fitch justifie par une détérioration de plusieurs indicateurs économiques depuis son dernier examen datant d’août dernier.
Cette mauvaise nouvelle vient s’ajouter à une longue série de piètres statistiques qui risque de compliquer encore plus la tâche du gouvernement. En fin de semaine dernière, l’Insee révélait que le PIB tricolore avait reculé de 0,1 % au troisième trimestre, après une croissance nulle au deuxième et une baisse de 0,2 % au premier. « A ce stade, on ne peut pas parler de récession. Il faut plutôt parler de stagnation », précise Olivier Garnier, expert associé à l’Institut Montaigne et ancien chef économiste de la Banque de France. Elle n’en est pas moins une anomalie dans l’Union européenne. La France est le seul Etat membre, avec la Lituanie, à avoir enregistré une croissance négative sur les trois derniers mois. L’inflation, quant à elle, a encore accéléré en octobre pour atteindre 3,4 %, portée par la flambée des prix des hydrocarbures. « Nous traversons une crise du pouvoir d’achat très importante, et on voit mal comment en sortir à court terme », estime Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management. Sans oublier la pression des taux d’emprunt. « La vraie austérité viendra s’ils continuent d’augmenter, anticipe l’économiste Sylvain Bersinger. On finira alors par se voir imposer des mesures sévères. »
Avec des conséquences qui se matérialisent déjà. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a prévenu à l’Assemblée nationale que « davantage d’efforts » seront nécessaires dans le budget 2027 pour faire face à cette nouvelle baisse de l’activité. Avec le risque de tomber dans une spirale infernale. « Des économies supplémentaires au mauvais moment pourraient aggraver la situation », prévient le fondateur du site Fipeco, François Ecalle.
Dans sa première copie budgétaire, le gouvernement prévoyait un montant colossal de 44 milliards d’euros d’économies. Mais depuis, Bercy a revu sa prévision de croissance à 0,5 %, contre 0,7 % auparavant. Un écart qui à lui seul « creuserait en principe le déficit de 0,1 point de PIB, soit environ 3 milliards d’euros. Dans la réalité, selon l’origine du ralentissement, ce sera peut-être seulement 1 milliard, ou au contraire 6 milliards », détaille François Ecalle. Or, même un rythme de croissance de 0,5 % apparaît de moins en moins crédible. Dans le même temps, souligne Olivier Garnier, « s’engager dans une trajectoire crédible de réduction du déficit public peut, d’une certaine manière, contrebalancer l’effet plus ou moins restrictif des économies budgétaires », en rassurant créanciers et autres acteurs économiques.
Peu de marges de manœuvre
Les voies de sortie de crise apparaissent néanmoins étroites. « Il n’y aura pas d’évolution notable avant la présidentielle, prédit même Sylvain Bersinger. Sans majorité et à six mois de l’élection, le gouvernement ne peut pas se lancer dans de grandes réformes. On risque donc d’être dans l’attentisme jusqu’en mai, voire juin s’il y a des législatives derrière, ce qui est probable. Tout dépendra ensuite de ce qui en sortira et des programmes retenus. »
Selon lui, « le principal espoir, même s’il semble encore lointain, repose sur un déblocage au Moyen-Orient et un retour du pétrole et du gaz à des prix plus normaux. Si le conflit s’arrêtait, les prix redeviendraient plus abordables en l’espace de quelques semaines. Il y aurait alors un effet mécanique positif : moins d’inflation, donc un peu plus de pouvoir d’achat. Le problème, c’est qu’on ne voit pas cette issue se dessiner pour l’instant. » A cela s’ajoute la grogne sociale en France. « Elle rend les entreprises encore plus pessimistes, pointe Eric Dor. Et l’un des points forts de la France, l’exportation de services, c’est-à-dire le tourisme, souffre aussi : il suffit d’interroger les professionnels, les réservations ne sont pas bonnes. C’est logique, car les images de troubles sociaux diffusées en boucle sur les chaînes étrangères constituent une véritable contre-publicité. C’est un très mauvais cap à passer. »
Les chefs d’entreprise, eux, ne voient pas le bout du tunnel. Dans sa dernière étude réalisée avec l’Ifop, publiée ce mardi 3 novembre, le cabinet de recouvrement Arc montre que 92 % des 500 sociétés de 50 salariés ou plus interrogées sont convaincues que la situation économique française se dégradera au cours des six prochains mois. « Ce qui compte surtout, ce sont les perspectives de débouchés : on investit parce qu’on pense qu’il y aura un marché pour ses nouveaux produits. Or le ralentissement de la croissance, ajouté à l’incertitude sur le futur régime politique et sur la sauce fiscale à laquelle les entreprises seront mangées, pousse rationnellement les investisseurs à reporter leurs projets. Moins de croissance, donc moins d’investissement, donc encore moins de croissance », décrit Eric Dor. Un cercle vicieux dont on voit mal comment la France pourrait se sortir.



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