Quand l’économie du bien-être produit du mal-être : la toxicité infinie des réseaux sociaux
Toxiques, les réseaux sociaux ? Il y a, en 2026, comme l’impression d’avoir déjà la réponse à la question. Les jugements historiques infligés à Meta (Facebook, Instagram) et Google (YouTube) au printemps, aux Etats-Unis, concernant des affaires d’addiction et de mise en danger de mineurs, en sont une illustration. Pas en reste, TikTok ou X ont aussi fait l’objet d’innombrables enquêtes, rapports et dénonciations. En cause, pour tous, leur inaction face à des contenus dangereux, hors-la-loi, haineux, plongeant les utilisateurs dans le mal-être, la dépression. Ou pire. Certains vont jusqu’à dresser un parallèle avec l’industrie du tabac.
Ce n’est pas la seule part d’ombre du phénomène. Les fondations Jean-Jaurès et April, dans une nouvelle étude publiée ce jeudi 9 juillet, dénoncent la « toxicité invisible » des réseaux sociaux. Leur définition : « Des contenus légaux, souvent bienveillants, parfois même éducatifs, parlent aux jeunes de santé, de sport, d’alimentation, de sommeil et de développement personnel. » De l’ordinaire, en somme, qui par la force de la répétition, forge peut-être le plus néfaste : les complexes et névroses de la société de demain.
Car les 15-24 ans, ciblés dans cette étude, ne vont pas seulement faire plus de sport, ou mieux s’apprêter. « Le corps cesse d’être un objet esthétique pour devenir une monnaie symbolique », analyse le document. La jeunesse ajuste son comportement en conséquence. De l’obsession tenace au trouble alimentaire en passant, chez les garçons, par l’absorption de produits dopants sans conseil ni prudence. Les femmes se trouvent une fois encore en première ligne : les trois quarts de celles âgées de 16 à 21 ans sont affectées. « Les plateformes les piègent dans une boucle de renforcement, où la minceur, le contrôle alimentaire, la performance corporelle deviennent des normes saturantes », expose Brigitte Remy, pédopsychiatre et psychothérapeute, experte pour la fondation April.
Une boucle sans fin
L’ironie de l’histoire, c’est que les jeunes sondés ne sont pas dupes. Ils se méfient de ce qu’ils voient, mesurent les dégâts. Deux problèmes, pourtant. Ils sont toujours plus accros. Et l’offre de contenus se densifie, alimentée par toute une économie d’influenceurs qui, voyant que le filon se monétise avec succès, n’a aucune envie de couper le robinet. Formant, à l’arrivée, une boucle infinie de toxicité.
Si le diagnostic des fondations Jaurès et April est à saluer, l’ordonnance ne paraît pas à la hauteur. Il n’est pas question de « diaboliser les réseaux sociaux », insiste le rapport qui entend « interroger les mécanismes à l’œuvre ». Ces derniers semblent pourtant connus de longue date : algorithmes opaques, économie de l’attention, stratégie de séduction et rétention des plus jeunes. Le mal-être adolescent – et au-delà – n’est pas un effet secondaire du modèle des réseaux sociaux. Il semble en être, quelque part, le moteur.



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