Dette : et ce qui devait arriver arriva, par Eric Chol
« A la lumière des soixante-dix dernières années, on ne peut que manquer de relever que la lente dérive des finances publiques a désormais atteint un point limite », écrivaient en mars les économistes Nicolas Ragache et Julien Dubertret, en conclusion de leur ouvrage consacré à l’histoire budgétaire de la Ve République (La Longue Dérive de la dette française, PUF) . Cette fois-ci, le point limite a été atteint, et même largement dépassé.
La crise obligataire est là, et à mesure qu’elle s’étend, la confiance des marchés s’estompe. « Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite (…). Ça ne peut pas durer », alertait déjà en septembre 2007 le Premier ministre François Fillon. Depuis, les locataires de l’Elysée se sont succédé, les gardiens des finances à Bercy également, promettant chaque fois le rétablissement des comptes, mais plus personne ne les croit. Car ils ont beau invoquer à leur corps défendant le Covid, la dissolution, la sécheresse, la guerre en Ukraine, le détroit d’Ormuz et sans doute demain la crise des lycées, personne n’est dupe, nos partenaires européens encore moins, surtout ceux (nombreux) qui ont réussi, à coups de rabots budgétaires et de réformes impopulaires à nettoyer leurs finances publiques.
Des années de promesses non tenues
La France a failli, et la voici menacée de banqueroute. Les taux intérêt s’envolent, la charge de la dette explose, on se lève en regardant le « spread » franco-allemand et on se couche en guettant les adjudications des « OAT ». Les images de la Grèce ou de l’Italie engluées dans la tempête financière reviennent à l’esprit, même si on nous explique que ça n’a rien à voir. Vraiment ? Mais alors qui pour sauver la France ? Paris croit encore dans son étoile mais surtout dans la mansuétude de la BCE, qui, croit-on, ne laisserait pas la deuxième économie d’Europe s’écrouler. « Too big to fail » (trop gros pour faire faillite), comme disent les banquiers. D’autant que la France fait peur à nos voisins européens, non seulement à cause de la situation catastrophique de ses comptes, mais surtout parce que sa classe politique n’apporte aucune perspective d’amélioration.
Mais ne comptez pas sur les argentiers de Francfort, échaudés par des années de promesses non tenues, pour se précipiter au chevet de la France. Pour l’heure, les marchés ont pris le dessus et Paris se retrouve dans un étau financier que les marchés resserrent chaque jour davantage. La BCE dispose bien d’outils pour lui procurer un peu d’oxygène. Mais pourquoi le ferait-elle, en l’absence d’un plan sérieux de redressement des finances publiques ? Le projet de budget présenté par Sébastien Lecornu ne forme, à cet égard, qu’une maigre réassurance, tant son adoption reste hypothétique. « Les pays qui nous entourent attendent un mea-culpa de la France et des gages très forts. La BCE ne pourra pas nous sauver si on ne s’engage pas à prendre des mesures très dures », résume Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode. Aide-toi, l’Europe t’aidera !



Laisser un commentaire