Les ambitions du DG France d’Amazon : « L’IA ne remplace pas les salariés, elle les fait monter en compétences »
Entré chez Amazon en 2009, Jean-Baptiste Thomas a pris en février dernier la tête de la filiale française, après avoir occupé plusieurs fonctions de direction au Royaume-Uni. Il détaille pour L’Express ses ambitions dans l’Hexagone et revient sur l’impact de l’IA dans les activités du groupe. Avec un message résolument optimiste.
L’Express : Vous venez d’annoncer 15 milliards d’euros d’investissement en France sur les trois prochaines années. Que recouvre cette enveloppe ?
Jean-Baptiste Thomas : Il s’agit de notre plus gros engagement depuis qu’Amazon s’est lancé en France il y a 26 ans. Nous avons huit centres de distribution dans le pays, nous allons en ouvrir quatre autres, dont trois dès cette année qui vont permettre la création de 5 000 emplois en CDI : à côté de Lyon, de Chartres et à Beauvais. Le quatrième, près de Mulhouse, emploiera 2 000 salariés en CDI. Ces créations d’emplois visent à mieux servir nos clients, en leur offrant une livraison encore plus rapide sur tout le territoire, et à soutenir les entreprises françaises qui vendent leurs produits sur notre site ou font appel à nos solutions de cloud et d’intelligence artificielle, tout en réduisant notre empreinte environnementale. Cet investissement record bénéficiera aussi à nos 25 000 salariés actuels, puisque nous allons encore renforcer notre offre de formation.
On nous associe souvent aux grandes entreprises technologiques mondiales. Mais au quotidien, nous sommes une entreprise ancrée dans les régions, dans des territoires parfois fragiles sur le plan économique. On le sait peu, mais Amazon est le premier créateur net d’emplois directs en France depuis 2010. Nous comptons aujourd’hui 400 métiers différents. Dans le secteur de la logistique, nous recrutons sans conditions de diplôme, ni CV, des Français souvent éloignées du marché du travail, à un niveau de salaire attractif : 2 000 euros par mois, soit 10 % au-dessus du Smic, qui deviennent, en moyenne, 2 500 euros au bout de deux ans, auxquels s’ajoute un 13e mois.
En janvier dernier, le groupe a annoncé 16 000 suppressions de postes dans le monde, pour alléger sa structure hiérarchique, après une précédente vague de 14 000 licenciements quelques mois plus tôt. Les emplois créés en France seront-ils pérennes, alors que l’intelligence artificielle et la robotisation se développent à toute vitesse dans vos entrepôts ?
L’automatisation de nos sites a commencé en 2019. Depuis, nous avons créé 8 000 emplois. L’an dernier, nous avons investi 110 millions d’euros dans notre entrepôt de Boves, près d’Amiens, pour le moderniser et le robotiser. Résultat : nous avons embauché 300 collaborateurs supplémentaires. L’équipe de maintenance, par exemple, a plus que doublé.
L’intelligence artificielle crée de nouveaux besoins, elle fait évoluer nos métiers vers plus de compétences, elle ne les remplace pas. Par ailleurs, le fait d’installer davantage de robots dans nos sites logistiques nous permet de libérer de l’espace, d’être plus efficaces et de livrer davantage de colis. Raison pour laquelle nous pouvons, dans le même temps, étoffer nos effectifs. Sans compter que ces progrès technologiques améliorent la sécurité de nos salariés et leur confort de travail au quotidien. Les suppressions de postes que vous évoquez s’inscrivent dans nos efforts continus pour renforcer notre efficacité opérationnelle. Dans le même temps, nous continuons à recruter et à investir massivement dans les domaines stratégiques – les plus de 7 000 créations d’emplois en France en sont la preuve concrète.
Le dernier projet du groupe concerne précisément la logistique, avec le lancement d’Amazon Supply Chain Services (ASCS). Un futur concurrent de FedEx ou UPS. Pourquoi cette diversification ?
Amazon s’est construit sur l’idée que la rapidité et la fiabilité de la livraison sont fondamentales dans l’expérience client. C’est pour cela que l’entreprise a investi autant depuis 30 ans dans une chaîne logistique de bout en bout, devenue l’une des plus fiables et performantes au monde. Des milliers de PME françaises utilisent notre service « Expédié par Amazon » lorsqu’elles vendent leurs produits via notre site. Grâce à lui, vous pouvez du jour au lendemain trouver des débouchés à votre activité dans l’Union européenne et dans le monde.
Désormais, ce savoir-faire sera proposé à d’autres entreprises, qu’elles s’appuient ou non sur notre place de marché. La création de ce nouveau service rappelle, dans sa genèse, celui d’Amazon Web Services (AWS) : des data centers construits au départ pour répondre aux nécessités propres de l’entreprise que nous avons, en 2006, mis à disposition de tous ceux qui voulaient stocker leurs données sur nos serveurs et profiter ainsi des formidables avantages du cloud.
Au premier trimestre 2026, la division AWS a assuré un cinquième du chiffre d’affaires du groupe mais près de la moitié de son résultat. L’IA est-elle devenue le principal moteur d’Amazon, devant l’e-commerce ou la publicité ?
Aujourd’hui, dans pratiquement tous les domaines de l’entreprise, nous utilisons l’IA pour simplifier la vie de nos clients et transformer nos activités. Elle est dans notre assistant d’achat Rufus, pour guider le consommateur dans ses choix. Dans nos entrepôts, pour placer nos stocks au plus près des clients, en fonction de la saisonnalité, avec les emballages les plus adéquats. Sur notre marketplace, où les entreprises françaises peuvent générer à partir d’une simple photo du produit une fiche descriptive complète, traduite en plusieurs langues. Pour les entreprises françaises, c’est un levier de croissance considérable. Si elles exploitent complètement le potentiel de l’intelligence artificielle, elles peuvent générer plus de 30 milliards d’euros de valeur ajoutée brute d’ici 2030. Avec AWS, nous sommes convaincus de disposer des services critiques qui leur permettront de faire ce saut.



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