Bernard Arnault et Polytechnique : merci au Rockefeller français ! Par Eric Chol

Merci patron ! : c’était, il y a dix ans, le titre du documentaire de François Ruffin sur le patron de l’empire du luxe mondial. Satyrique, le film a rempli les salles, remportant le César du meilleur documentaire. Un film très engagé, montrant le combat d’un couple d’anciens ouvriers du groupe LVMH dans le nord de la France qui cherche à se faire indemniser par le tycoon français. Depuis, Bernard Arnault continue de servir de cible dès qu’il s’agit de tourner en dérision les grandes fortunes, de taxer les riches ou d’appeler à la fin du capitalisme. La ficelle est un peu grosse, mais fonctionne toujours aussi bien.

« Merci, Bernard Arnault » : cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un nouveau film mais des mots de Frédéric Oudéa, le président de la Fondation de l’Ecole polytechnique, le 2 juillet, à l’Hôtel des Invalides. Le président de LVMH officialisait ce jour-là une donation exceptionnelle de 50 millions d’euros en faveur de l’Ecole polytechnique, afin de créer l’Institut de mathématiques et des sciences fondamentales qui verra le jour en 2030. « Des chercheuses et des chercheurs de toutes les disciplines et du monde entier, invités de cet institut, viendront sur notre campus, au cœur du plus grand cluster scientifique européen qu’est le Plateau de Saclay », s’est réjouie Laura Chaubard, directrice de l’X.

Le futur institut abritera entre autres une Résidence mathématique et un amphithéâtre baptisé Evariste Galois, ce génie français fauché dans un duel le 30 mai 1832 alors qu’il n’avait que 20 ans, et qui, la veille de sa mort, couchait sur le papier les principes de l’algèbre moderne en gribouillant, dans la marge : « Je n’ai pas le temps. »

Ce qui est certain, c’est que la France n’a plus beaucoup de temps pour rester dans la course scientifique, face aux grandes puissances que sont les Etats-Unis ou la Chine. Car depuis quarante ans, le niveau en maths de nos écoliers n’a cessé de chuter, reléguant notre pays dans la moyenne de ceux de l’OCDE. Un comble pour une grande nation de mathématiciens, de Pierre-Simon de Laplace à Gaspard Monge, d’Henri Poincaré à Hugo DuminilCopin. La bataille pour remonter la pente a commencé, et elle va se jouer dans les écoles mais aussi dans les lieux de recherche.

Il y a un siècle, la France, sortie ruinée de la Première Guerre mondiale, relevait le même défi : en 1928, on inaugurait l’Institut HenriPoincaré – qui allait devenir la maison historique des mathématiques et de la physique théorique. Créé sous l’impulsion des mathématiciens français et américain Emile Borel et George Birkhoff, il vit le jour grâce à la fondation Rockefeller et accueillit de grands orateurs, dont Einstein. Un siècle plus tard, le futur Institut de l’Ecole polytechnique affiche les mêmes ambitions, et cette fois sans le truchement d’une fondation américaine. A l’heure de la souveraineté, les mathématiques ont trouvé, avec Bernard Arnault, leur Rockefeller français.

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