Petite leçon d’économie à l’adresse de Fabien Roussel, par Nicolas Bouzou

Fabien Roussel, qu’on avait connu plus digne, a assimilé Patrick Pouyanné à un collaborateur de la Seconde Guerre mondiale, prenant comme justification à cette sortie lors de la Fête de l’Humanité, le niveau élevé des profits de TotalEnergies. On ne sera pas cruel au point de rappeler à Fabien Roussel le nombre de morts du communisme dont il se réclame, ni même les accointances, récurrentes dans l’Histoire, du nazisme et du communisme. On le renverra, par exemple, à la lecture de l’immense écrivain hongrois Sandor Marai, dont le pays passa des mains nazies aux mains communistes, sans qu’il voie bien la différence, d’autant plus, raconte-t-il, que les bourreaux étaient assez souvent les mêmes personnes, lesquelles s’accommodaient de ces deux idéologies, loin d’être toujours contradictoires. Donc, amis communistes, ne dépassez pas le point Godwin, vous sortirez toujours perdants.

Apprenez aussi quelques rudiments d’économie. Revenons aux histoires de profit, de capital et de dividendes afin de rappeler quelques vérités peu connues en France, et quasiment inconnues de toute la classe politique, et pas seulement des communistes pour être honnête. Le profit est la différence, en euros, entre la valeur créée et ce qui est consommé pour la générer. L’entreprise qui dégage des profits apporte de la valeur à la société, celle qui accuse des pertes en détruit. Il n’existe donc aucune société dont les habitants soient prospères, dont les services publics fonctionnent, dont le territoire puisse être défendu, sans des entreprises qui réalisent beaucoup de profits. Le profit, c’est véritablement la source du bien-être collectif. A l’inverse, une entreprise qui est en pertes ponctionne de la richesse. Il est donc logique et souhaitable qu’elle disparaisse, dans l’intérêt général.

La taxation du capital, ennemie du travailleur pauvre

Or il n’est pas de profit sans capital. Il faut bien que des personnes apportent leur argent pour acheter des machines, des bureaux, du matériel, pour recruter et former des collaborateurs. Le financement de la transition énergétique ou de l’intelligence artificielle ne va pas tomber du ciel. Sans capital, pas d’écologie, pas de productivité, pas de salaires. Opposer le capital et le travail est ainsi un non-sens absolu. Toute la recherche économique montre que le salaire émane de la productivité, elle-même résultat de l’abondance du capital dans un pays. De la même façon, l’opposition entre fiscalité du capital et du travail est absurde. L’une ne saurait se substituer à l’autre. Taxer le capital, c’est nécessairement, au bout du compte, taxer le revenu du travail. La taxation du capital est l’ennemie du travailleur pauvre.

Les dividendes ne s’évaporent pas

Mais pour que des personnes apportent du capital, il est nécessaire de leur verser un revenu : c’est le rôle du dividende. Et quand le capital est surabondant par rapport aux besoins d’investissement des entreprises, elles peuvent le diminuer en rachetant leurs propres actions et en rendant ainsi l’argent à leurs actionnaires, qui peuvent l’investir ailleurs. Retourner ces fonds aux actionnaires, ce n’est pas les soustraire à l’économie, mais les remettre en circulation vers d’autres entreprises qui en manquent. Quant aux dividendes, ils ne s’évaporent pas : ils alimentent l’assurance-vie et l’épargne-retraite des Français, avant d’être imposés à 31 %, en aval d’un impôt sur les sociétés déjà très lourd, surtout pour les grandes entreprises.

Ces faits viennent d’être balayés par une polémique dont la France a le quasi-monopole. Les grandes entreprises françaises ont versé 70,4 milliards de dollars de dividendes au deuxième trimestre 2026, soit environ 61 milliards d’euros, au premier rang européen, devant l’Allemagne, et au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis. Mais attention : les sociétés françaises versent l’essentiel de leur dividende annuel en une fois, au printemps, quand les Américaines et les Britanniques le fractionnent en quatre trimestres. Ce montant est en outre gonflé par un versement exceptionnel du groupe Bolloré et par la hausse du dividende de Sanofi, tirée par les ventes de son Dupixent, c’est-à-dire par un succès de recherche dont on devrait se réjouir. Quoi qu’il en soit, le vrai malheur de l’économie française, c’est de manquer d’entreprises très profitables, qui versent beaucoup de dividendes et attirent beaucoup de capital. Vu l’état du débat économique et politique, il semble nécessaire de rappeler ces évidences.

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