« Surtaxer l’épargne des Français serait une mauvaise idée » : la mise en garde de l’économiste Emmanuelle Auriol
Le budget de l’an dernier s’est traduit par une augmentation de la CSG sur les revenus du capital soumis à la flat tax de 30 %. Chaque fois que vous touchez un dividende ou une plus-value sur la vente d’une action, on vous prélève désormais 31,4 %. Cette hausse va rapporter combien de plus à l’Etat ? Entre 2 et 2,5 milliards d’euros sur une année. Or, notre déficit est de 150 milliards, on voit bien que ce n’est pas ce genre d’expédient qui va rééquilibrer nos comptes publics.
Ce serait une mauvaise idée de s’attaquer de nouveau à l’épargne des Français car elle est déjà taxée à un haut niveau par rapport à la plupart de nos voisins. Revoir les avantages fiscaux de l’assurance-vie ? Pourquoi pas, même s’ils sont modestes. Une telle mesure, en outre, ne devrait viser que les nouveaux contrats, pas les anciens, pour préserver la confiance des épargnants. C’est essentiel, la confiance. Le risque, si on l’ébranle, est d’ajouter du chaos au chaos, en provoquant un bank run, comme dans Mary Poppins lorsque à la suite d’un quiproquo, un jeune garçon s’écrie : « Rendez-moi mon argent ! ». La rumeur d’une insolvabilité de la banque se répand comme une traînée de poudre et provoque une panique aux guichets.
Même pendant la crise grecque, le gouvernement n’a pas surtaxé l’épargne des citoyens, il a rincé les investisseurs, ce qui est très différent. Le seul pays à l’avoir fait, c’est Chypre, en 2013. Et encore, dans des circonstances très particulières : face au tollé des petits épargnants qui étaient initialement visés, seuls les dépôts bancaires supérieurs à 100 000 euros – dont beaucoup d’avoirs russes – ont été ponctionnés.
Notre situation est grave, mais pas désespérée. Elle impose de réduire la dépense sociale, de geler les salaires publics et de demander un effort aux retraités, tout en épargnant les plus vulnérables.
Les retraités disposent en moyenne d’un patrimoine et d’un niveau de vie supérieur à celui des actifs, tandis que leurs pensions sont indexées sur l’inflation pour un coût de 6 milliards d’euros par an. C’est une anomalie. Il serait donc légitime de concentrer l’effort sur les retraités les plus aisés, en désindexant leurs retraites.
Au-dessus de nos moyens
Plus largement, le taux d’épargne des ménages atteint 17,4 % du revenu disponible brut, soit environ trois points de plus qu’avant le Covid. Et ce sont les retraités qui épargnent le plus. Cela n’efface évidemment ni la pauvreté ni les fortes disparités de revenus, mais cela relativise l’idée d’un appauvrissement généralisé. Il est donc frappant que le pouvoir d’achat reste, toutes catégories sociales confondues, au sommet des préoccupations des Français.
Nous vivons au-dessus de nos moyens, en nous berçant d’illusions sur le fait que la génération actuelle va pouvoir travailler moins que la précédente : en l’état de nos finances publiques, c’est tout bonnement impossible. Les choix à venir seront douloureux. A un moment donné, il faut savoir ce que l’on veut : sauver le pays ou laisser filer la dépense sociale et nos déficits. Personne n’a intérêt à ce qu’une crise financière majeure frappe le pays, à commencer par les retraités. En Grèce, les pensions ont été sabrées de 30 % en nominal. C’est bien plus terrible que l’inflation.
Ma seule satisfaction dans le contexte actuel, c’est que la nécessité de réduire la dette soit désormais considérée par les Français comme le troisième défi le plus important à relever. Voilà des années que les économistes alertent sur cette fuite en avant. La prise de conscience arrive enfin, sur un sujet collectif, alors que le pouvoir d’achat et la sécurité sont d’ordre individuel. Reste à passer à l’acte, vite.
*Emmanuelle Auriol est professeur à l’Ecole d’économie de Toulouse (TSE) et membre du Cercle des économistes.



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