Les Français connaissent-ils vraiment l’économie ? Les résultats inquiétants d’une étude
Pas de cocorico pour cette fois. Selon un sondage Ifop commandé par l’Institut de l’Entreprise, paru ce mercredi 16 septembre, les connaissances des Français en économie laisseraient fortement à désirer. Un échantillon représentatif de 1 000 personnes a été interrogé en juin sur des notions bien précises : la dette publique, le déficit, le budget de l’État, le PIB, le marché du travail et l’impôt sur les sociétés. Devant le questionnaire, les élèves adultes ont, en moyenne, su donner la bonne réponse à seulement 2,2 questions sur les six posées. La moyenne de la classe atteint un petit 7,3/20.
Petite réjouissance : 86 % des interrogés ont répondu correctement à au moins une question, et entre 76 % et 84 % ont entendu parler de chacune des six notions testées. Toutefois, pour chaque thématique, ils sont moins de 10 % à pouvoir l’expliquer « clairement et en détail », ont confessé les personnes interrogées.
Le saviez-vous ?
Les Français se trompent particulièrement sur le premier poste de dépense du pays. Quelque 35 % imaginent que la défense récupère le budget le plus important. Faux, ce sont les dépenses de retraite, évaluées à 420 milliards d’euros en 2026 par l’étude. Ils sont seulement 23 % à avoir trouvé cette réponse. Le second plus gros poste de dépense n’est toujours pas la défense mais la santé. Autre erreur : un Français sur deux pense que les petites et moyennes entreprises (PME) embauchent davantage que les grandes entreprises. C’est encore faux. Enfin, la question qui a obtenu le plus de mauvaise réponse est au sujet du coût réel dépensé par l’employeur pour un salaire net de 2 200 euros. À vos pronostics ! Ils sont la moitié des interrogés à sous-estimer cette dépense en réalité fixée à 3 700 euros.
A l’inverse, la question avec le plus de bonnes réponses porte sur le salaire net médian : ils sont près d’un sur deux à donner le bon chiffre. On vous laisse le temps de réfléchir… Il n’est pas à 1 700 euros comme 42 % des Français le pensent mais à 2 200 euros. Le rang mondial de la France en PIB par habitant – 25e – a été donné par 31 % des répondants.
Devant la copie, les deux genres sont à égalité parfaite
Ces résultats sont d’autant plus étonnants qu’ils contrastent avec l’intérêt porté par les Français pour les questions économiques. Ils sont plus de six sur dix à se déclarer intéressés par ce sujet. Si ce chiffre a légèrement baissé par rapport à la précédente enquête de 2017 – où ils étaient 66 % –, cette nouvelle étude est révélatrice d' »un mouvement plus profond de polarisation« . Ils sont davantage à être « très intéressés », avec un total de 17 %, et davantage aussi à ne pas l’être du tout : 10 % aujourd’hui contre 6 % en 2017. Dans leurs conclusions, l’Ifop et l’Institut de l’Entreprises résument : « L’économie devient un sujet que l’on investit fortement ou que l’on abandonne ». Et toutes les catégories sociales ne l’abandonnent ou ne l’investissent pas autant. Les jeunes – surtout les jeunes femmes – s’en éloignent tout comme les non-diplômés qui ne sont que 52 % à se déclarer intéressés. Là encore, l’étude note : « La chose économique semble donc intéresser en premier lieu ceux à qui elle profite. »
Au-delà des intérêts plus ou moins prononcés, les catégories sociales ne déclarent pas toutes les mêmes connaissances en économie. Entre hommes et femmes, il y a entre 13 et 25 points d’écart selon la notion évoquée. Toutefois, devant la copie, les deux genres sont à égalité parfaite. Dans les faits, « le diplôme n’est pas (non plus, NDLR) discriminant. Les bac+5 ne répondent pas mieux que les titulaires d’un CAP ou d’un BEP », constate Pierre Robert, notamment l’auteur de Fâché comme un Français avec l’économie. « Pour l’enseignant que je suis, c’est une mise en cause directe de la transmission scolaire », ajoute-t-il. A ce constat, s’ajoute la publication de l’enquête Pisa au début du mois de septembre qui constate une baisse historique du niveau scolaire des enfants Français.
En revanche, ce qui fait une différence entre les enquêtés, c’est le niveau de vie. Ceux dont le niveau de vie est inférieur à 1 080 euros par mois répondent correctement à 1,9 question en moyenne ; au-delà de 2 262 euros, la moyenne atteint 2,4. « Ce demi-point d’écart entre bas et hauts revenus, suggère une hypothèse lourde de conséquences : l’acculturation économique se joue moins à l’école que dans la vie active. Il est plus facile de comprendre l’économie lorsqu’on est confrontée à une fiche de paie, à la négociation salariale et à la gestion d’un budget », conclut l’étude et le spécialiste Pierre Robert.
La faute à qui, à quoi ?
Avant de présenter les résultats, l’étude tient à rappeler que d’ici 2030, le déficit public et la dette pourraient dériver respectivement à 6,8 % et 130 % du PIB, selon les prévisions de quatre économistes « de premier plan » : Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla. Ces erreurs de jugement de la part des Français sur un sujet aussi primordial viennent des « représentations qui sont indexées sur l’agenda médiatique. Les Français surpondèrent ce dont on parle (la défense par exemple dans les budgets) », estiment l’Ifop et l’Institut de l’Entreprise.
Selon l’enseignant Pierre Robert, le problème réside surtout dans le manque des « ordres de grandeurs sur le budget, sur le coût du travail, sur le tissu productif. (Les Français, NDLR) raisonnent souvent avec bon sens, mais sur des masses qu’ils ne maîtrisent pas ». Selon lui, s’ajoutent à cela « l’ignorance réelle » et « le déni rationnel ». Heureusement, il y a des solutions. Chacune de ces raisons appelle à « une réponse différente : la première de la pédagogie, la deuxième de la rigueur dans le débat, la troisième des incitations économiques ».
A défaut de maîtriser le sujet, une majorité de Français (73 %) s’accorde pour admettre que le déficit public est dû à une mauvaise gestion des dépenses publiques. Un diagnostic « transpartisan », note l’étude qui met l’accent sur la rareté de cette situation. En effet, de gauche comme de droite, les Français et électeurs des prochaines élections présidentielles convergent vers ce constat.



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